lundi 16 mars 2009

Le Flicâne, félibre et fêlé...

« Commissaire, il y a quelque chose qui déraille dans Carabistouilles ! » En disant cela Owlette ne savait pas encore le pourquoi du comment d’un mystère qui n’était que une intuition féminine. Contrairement à une intrigue classique, ce qui la perturbait n’était pas un élément visible et inattendu mais une absence.

Oui ! Une absence ! … Ce qui l’intriguait n’était pas une apparition mais une disparition : celle de Martine. Dans son village, plus personne ne l’avait vue depuis ce jour d’orage qui avait lessivé toute trace de son passage. Elle n’avait laissé derrière elle qu’un pot de rillettes et un fût de bière qui régalèrent ceux de Péro qui ne mangent que de mauvais chiens.

Quelques jours plus tard, le Maire du village reçut une lettre anonyme signée Diogène. Celui-ci y tenait des propos décousus, accusant Martine d’être la cause de ses échecs.

Le Flicâne fut immédiatement saisi de l’affaire avec l’intuition qu’en toute chose, le mobile est l’argent. S’agirait-il d’une évasion fiscale ? Martine serait-elle partie à la cloche de bois ou pour une poignée de dollars ? Les ânes font très bien leur travail d’âne et le Flicâne celui de flicâne. Il aimait à le dire en ajoutant qu’il s’agissait d’une promesse toujours tenue et cochon qui s’en dédit. Il remonta d’abord la piste jusqu’à une truie et sa portée, témoins silencieux de la sottise des hommes. Il se disait que la truie pouvait le mener à la "truffe" qui avait peut-être enlevé Martine mais notre truie s’entêtait à remuer de son groin du marc de café.

Alors là, notre flicâne, adepte des jeux de hasard et collectionneur de beaux dés, se dit qu’il y avait sans doute une explication au comportement porcin et que dans le marc se lisait l’avenir. Comme l’avenir était devant lui, il ne se retourna pas et poursuivit son chemin vers le sud de l’île. Il croisa Micorne, une mazzera qui lui apprit que Martine devait faire pénitence de ses péchés du 1er avril et qu’elle était entourée d’hommes cagoulés.

Il avait pris soin d’emporter son bonnet d’âne et, par tous les temps, trottina jusqu’à Sartène où il attendit les bras en croix le passage du Catenacciu… Il arracha les cagoules de tous les participants sauf un car il n’eut pas le temps. Il avait repéré trop tard la petite silhouette agitée par des haussements d’épaules et n’avait pas remarqué les gardes du corps munis d’oreillettes. Il fut ceinturé et conduit dans une grande maison hantée par des hommes en blanc. L’un d’eux l’avait laissé dans une pièce vide. Courbé sur la serrure, il fermait à clef…

Notre flicâne se retrouva en présence d’une fée voletant dans une robe évanescente et riant… Qui es-tu ? demanda-t-il. « Je suis la fée morale sortie de la cuisse de Jupiter… » Il oublia Martine sur un coup de foudre. Il se mit à courir pour attraper la fée railleuse et, plus la fée se reculait, plus son désir s’accroissait… Il rêvait de faire la bombe avec la fée nue grecque et de grandes fêtes où l'on vide les bouteilles de vin. Pour le calmer, on lui appliqua des cataplasmes de fenugrec.

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